Cinéma, spoliations, restitutions
Colloque international
Colloque organisé dans le cadre du projet TRANSLOCATIO, projet lauréat de l’appel à projets « Faire à plusieurs, 2024 ».
Ce colloque s’intéresse aux spoliations du cinéma et à la représentation des spoliations et des restitutions au cinéma, dans le contexte de 1933-1945 ainsi que dans les situations coloniales et post-coloniales. Fondamentalement pluridisciplinaire, ponctué de projections de films, il réunit des chercheurs en histoire, histoire du cinéma et histoire de l’art, anthropologie, sciences politiques, droit, chercheurs de provenance, travaillant sur des aires culturelles variées.
Il explore d’abord les spoliations du patrimoine cinématographique entre 1933 et 1945, phénomène largement méconnu. Les communications révèlent la complexité de ces saisies : spoliation des œuvres, des matériels, des cinéastes, des laboratoires ou des lieux de projection. Les interventions permettront de comprendre les mécanismes précis de cette politique méthodiquement élaborée : ses ramifications régionales, le rôle des institutions impliquées et des acteurs clés, ainsi que les œuvres et les réalisateurs spoliés.
Le deuxième volet de ce colloque porte sur la représentation des spoliations et des pillages de biens culturels au cinéma. La multiplication ces dernières années des fictions, des documentaires et des créations contemporaines consacrés aux translocations patrimoniales forcées esquisse une typologie de films spécifique. Les communications mettent au jour les sources, les moyens et objectifs que se fixent les films pour interroger la façon dont le cinéma est utilisé comme un outil de reconstitution historique, de recontextualisation, mais aussi de critique ou de persuasion.
Dans le champ fictionnel, depuis notamment Le Train de Frankenheimer (1964), le cinéma ne se contente pas d’illustrer les débats publics: il contribue à les nourrir, à les orienter. Ce faisant, il offre un cadre de réflexion particulièrement stimulant pour repenser les écritures de l’histoire, la mise en forme des récits, le croisement des regards, la construction des imaginaires, et la dimension collective et collaborative de la recomposition de ces parcours d’objet.
Dans le champ du documentaire sur les spoliations, les démarches pédagogiques et/ou scientifiques déployées conduisent à s’interroger sur le rôle des commanditaires et le poids des idéologies, sur la valeur du témoignage, es modalités de la quête et les objectifs de la collecte des traces. Pierre fondatrice, au croisement des démarches, le « film essai » de Resnais et Marker, Les statues meurent aussi (1953), film de commande devenu manifeste anticolonialiste, a posé la question de l’identité de l’art, de la spécificité de l’art africain, des phénomènes de muséalisation, d’ethnologisation, et d’artification, ainsi que des effets de la marchandisation. L’étude de ces films, dont la vitalité actuelle est évidente, peut permettre d’amorcer une autre histoire et épistémologie de l’activité de la recherche de provenances, tout en éclairant le poids de la mémoire et du souvenir, mais aussi le processus cathartique, réparateur que la collecte d’archives et de preuves peuvent entamer. Une analyse croisée permettra de mieux comprendre la construction des discours et conjointement le rôle ou la place des institutions dans ou face à ces prises de parole, mais aussi permettra de mieux appréhender la dimension politique, engagée, individuelle, communautaire, nationale ou transnationale de ces productions, et les tensions géopolitiques auxquelles elles sont soumises ou liées. Ces documentaires intègrent de plus en plus à la perspective historique la question de la réception et des effets du retour des biens culturels, comme l’illustre le film de Mati Diop Dahomey (2023).
Le colloque est en outre traversé par d’importantes questions juridiques. La complexité de la propriété des films et la nature et la pluralité des modalités de la spoliation conditionnent les restitutions. Il est nécessaire d’éclairer les statuts juridiques changeants des films transloqués et la question des partages entre fonds ou celle des fonds filmiques relevant des archives de fouilles archéologiques.
Le cinéma constitue aujourd’hui l’un des acteurs fondamentaux des débats sur les translocations et les rapatriations de biens culturels. Il assimile et livre à la fois une matière idoine pour la création et une réflexion sur la nature de l’héritage patrimonial en lien avec les problématiques sociétales et internationales actuelles les plus vives. Puisque le cinéma est créateur de pensée, d’images et d’imaginaires, que nous dit-il de la circulation des biens culturels ? Quels nouveaux récits élabore-t-il, et que peut-il dans le travail mémoriel, identitaire et l’élaboration de nouveaux modes relationnels ? C’est à l’ensemble de ces questions, et à d’autres ouvertes par un corpus filmique polymorphe, que le colloque convie.

Projection du film La Tierra es de quien la trabaja




