Photo de Nicolas Baker

Le Solutréen de la vallée de l'Erve (Mayenne)

Mémoires de la Société Préhistorique Française 67

Le Solutréen de la vallée de l'Erve (Mayenne)
Dix ans de recherche dans la grotte Rochefort

 

La grotte Rochefort et d’autres grottes de la vallée de l'Erve (Mayenne), témoignent d'occupations aux confins septentrionaux de l'aire d'extension du technocomplexe solutréen. Elles traduisent l'adaptation de ces groupes humains aux rudes conditions qui prévalaient durant le Dernier Maximum Glaciaire au nord de la Loire, entre 24 790 cal. BP et 21 970 cal. BP. Rarement observé dans de telles conditions, le Solutréen de la grotte Rochefort compose une entité archéologique dont l’étude suggère que la zone actuellement fouillée correspond à la périphérie d’une ou plusieurs occupations. Dans un bilan sédimentaire moyen de 0,60 m d'épaisseur, le corpus mobilier compte plus de 8 000 objets dont environ 5 500 restes osseux, 2 000 pièces lithiques taillées et 300 plaquettes gravées.

Le site révèle une faune froide majoritaire, avec un spectre large où dominent le renne et le cheval. L'identification d'une microfaune froide caractéristique d'un biotope steppique, au côté de rongeurs inféodés à des milieux tempérés-humides, comme les restes végétaux carbonisés, confirment une restitution paléoenvironnementale qui peut s'apparenter à un refuge cryptique septentrional, véritable niche écologique durant le Dernier Maximum Glaciaire.

Toutes les pièces que compte l'assemblage lithique ont été apportées dans l’enceinte de la grotte après débitage et sont en outre réalisées dans des matériaux exogènes, les gîtes primaires les plus proches du site se trouvant à 10 km. Associées à l’industrie osseuse, les longues lames régulières en grès lustré ou les proportions originales des « feuilles de laurier », composent un assemblage mobilier tout à fait singulier.

Sur le plan palethnologique enfin, le site révèle un art mobilier exceptionnel comptant de nombreuses plaquettes gravées portant des figures animales, anthropomorphes ou signes abstraits, corpus inédit en France pour la période, qui s'accompagne d'un art sur os et d'éléments de parure comprenant également des pièces uniques pour le Solutréen.